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 L'épopée nomade

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novi



Nombre de messages : 4
Localisation : cote ouest
Date d'inscription : 18/06/2009

MessageSujet: L'épopée nomade   Jeu 18 Juin 2009 - 15:11

Bonsoir ....puisqu'il fait noir.

Veuillez, bonnes gens de cet auguste forum dédié à ce genre qu'on ose encore appeler polar, qui n’a plus parfois de noir que le nom......oser apercevoir un de ces auteurs qu'on dit underground et dont la prose ne se vend que sous le manteau.

Sachez, bonnes gens, que celui là n'a jamais contacté la moindre maison d'édition, par choix, par conviction .....Et par lucidité.

Il n'en a, il faut bien l'avouer, jamais imaginé la moindre compatibilité entre ce monde éditorial en tout point identique dans ses mœurs avec un monde du travail dont notre homme fut exclu depuis si longtemps.

Cet homme là, donc, n'imaginant point qu'on puisse envoyer un manuscrit comme l'on soumet un CV.....a décidé de ne pas se soumettre et préféré cette longue ballade dans le désert qui forma un colonel Laurence en Arabie a une époque ou la littérature avait encore du panache, de l'audace......

C’est donc ....l' Epopée Nomade .....Que je suis venu vous présenter en cette belle nuit sans étoiles.

Ne vous attendez pas à une intrigue policière classique, votre serviteur n'étant venu à l'écriture que fort tard .....Après avoir découvert qu'une génération de polars, parcourus à la chandelle dans des endroits fondateurs ; que cette génération n'était plus ....

Fi des Lebreton, des Giovanni, des Helena ......et bonjour les dégâts, pardon le polar bisounounours ....autre temps, autres lecteurs sans nul doutes...

Alors, c'est une ode à une époque révolue, une épopée nomade des années 80 ......avec des DS 23 qui tirent des caravanes Tabberts....

Mais place aux artistes, mesdames, messieurs :


Cette nuit la sur la route du retour, Ludo contemplait la lune qui éclairait doucement le fleuve bouillonnant. Jamais, il n’aurait imaginé sa vie tant en prise avec ce fleuve et il réalisait intuitivement comment toute cette eau influait sur cet endroit avec cette attente venue de la nuit des temps, des bêtes, de l’eau et des hommes. Ce songe l’accompagnait encore lorsque la Tine le réveilla le lendemain matin au milieu des couettes. On était dimanche et il régnait un certain calme dans le camp ; comme si le jour de congé salarial pouvait avoir une influence sur la vie nomade. Le voyage pour le peuple manouche ne commençait véritablement qu’à la belle saison. Des endroits comme la prairie de Mauves se remplissaient alors d’immenses campements plus ou moins séparés par des clans, les alliances en cours et l’activité en général. Parfois d’étranges convois venaient se greffer un peu à l’écart. Les roumains qu’on disait avec effroi, point qu’ils étaient dangereux, car ils étaient rarement armés. Mais pour la dose d’ennuis que leur proximité promettait à cause de leur capacité de chapardages. Ils étaient tout en bas de l’échelle sociale nomade et comme le plus pauvre fait toujours plus peur à l’un petit moins pauvre qu’au riche ; on les jaugeait de loin. Certes on ne leur aurait point refusé l’accès à un point d’eau potable, mais on les évitait. On les considérait comme une ethnie particulière avec laquelle aucune association n’était possible. Maurice raconta un jour à Ludo, l’odyssée de l’un de ces étranges campements et l’hilarité des gendarmes venus pour un contrôle. Il faut dire qu’entre l’absence de plaques d’immatriculations et des véhicules avec pour siège conducteur, une simple chaise de paille fixée avec du fil de fer. Des apatrides, des citoyens du monde arrivés ici par on ne sait quel hasard ; venus du presque moyen age. La police avait fini par abandonner devant ce gouffre culturel. En haut de l’échelle nomade, était les clans qui avaient les moyens de voyager justement. C'est-à-dire des revenus réguliers suffisants propres à financer entre autre, l’essence et tous les aléas de cette vie. Les amendes aussi, véritable droit de passage exercé par les polices municipales pour des stationnements illégaux qui ne l’étaient souvent que de par la mauvaise volonté des communes à s’acquitter de l’obligation légale de construire des aires d’accueil. L’aristocratie était constituée des riches marchands de tapis d’orient qui se fournissaient en dépôts-ventes auprès des entrepôts des douanes et ne s’acquittaient des taxes qu’après avoir vendu. Bénéficiant de carnets d’adresses succulents au fil de leurs prospections, ils fréquentaient même la Jet-Set dans les stations balnéaires huppées. Se déplaçant en carrosses de prestiges et dépensant sans compter, du moins sachant en donner l’impression ; ils avaient l’art d’attirer l’attention sur une affaire potentielle. Parfois simplement en se garant sur un parking ou engageant la conversation sur les qualités d’une berline allemande ; ils jouaient alors, le riche marchand égaré en recherche du bon club de golf ou de tennis. Plus discrets étaient leurs campements. Fréquentant les meilleurs terrains de camping, s’allouant les faveurs de certains maires en louant a prix d’or des terrains ou la gente gadjé pouvait se rassurer en découvrant des voitures et des caravanes rutilantes. Les bars et les discothèques gardaient le souvenir de ces clients particuliers hauts en couleur, invitant a tour de bras et laissant traîner de généreuses coupures sur les comptoirs.

Ce monde que Ludo entrevoyait parfois, s’intéressant plus qu’autrefois aux convois caravaniers qui croisaient sur les chemins de ces bords de Loire ; l’attirait déjà comme un avenir possible. Bien que le chemin du Bas, où il avait échoué, lui considérait avec dédain ce qu’ils considéraient comme des parvenus oublieux de leurs frères d’origines. Il lui semblait d’ailleurs que la Tine, sa nouvelle compagne, partageait intuitivement ce goût pour de nouveaux horizons et que c’était peut-être aussi cela qu’il l’avait attiré vers lui. Il venait d’un autre monde qui pouvait déboucher sur d’autres horizons qu’une culture machiste figée dans un obscurantisme marginal. Cette génération de mères célibataires inaugurait son époque ; celle qu’un Giscard d’Estaing avait imaginée moderne. Le curé, le Ratchai s’en rendait bien compte, que les choses étaient bien parties entre contraception, télévision, et musique moderne pour lui échapper ; même les anciens d’ailleurs semblaient s’en moquer de la religion a présent. Une histoire des hommes encore trop récente, les poussait à ne plus croire en rien si ce n’est aux temps qui changeaient. Ludo et ses nouveaux amis se disaient, eux, forts de leurs passés très récents, que les temps ne changeraient pas sans eux et qu’ils allaient faire mieux qu’aller voter ou attendre une hypothétique révolution prolétaire pour bouger leur condition dans une société où il n’y avait surtout rien à attendre de son prochain.

C’est de cela qu’ils philosophaient encore en début d’un après midi ou un faible soleil tentait de percer lui aussi un ciel trop gris. Les femmes s’étaient jointes à eux, surveillant les gosses du coin de l’œil. Pour leur part, elles ne faisaient guère de projet ; la pêche pratiquée au bord n’ayant jamais permis qu’une amélioration des budgets familiaux pour quelques-uns seulement. Pas de quoi pouvoir imaginer autre chose qu’une vie au bord du fleuve. Zing avait bien d’autres visées, rêvant au prestige d’antan de son clan. Maurice en homme simple qu’il était, songeait juste à une vie plus confortable à l’ombre de sa petite famille. Firmin qui sous les dehors inspiré et grave de l’homme mur, était le plus ambitieux et dépensier, avait déjà investi sa fortune possible. Le Blond, c’était plus mystérieux. On savait, du moins on sentait qu’il était quelqu’un d’autre malgré sa déchéance d’homme à tout faire d’un clan manouche. D’ailleurs pour une fois, il avait revendiqué une part entière et l’on sentait en lui une détermination farouche. Cela se voyait à de petits indices ; il se rasait, s’était coupé les cheveux, se lavait et surtout, le regard que Ludo avait surpris envers les marins pécheurs. Un regard qui en disait long quant à la volonté d’un homme lorsqu’il sait qu’il ne doit rien a personne ; n’ayant jamais rien reçu.


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Une fresque picaresque :


La zone.
La journée du lendemain fut maussade, temps gris et frisquet jusqu’a l’heure de la sortie de l’école. Les plus grands dont la fille aînée de la Tine allaient au collège voisin de Ste Luce où sévissait une famille particulière. Celle de la Nenette, qui outre son vulgaire surnom, présentait la particularité d’être aussi une matrone obèse, régnant sur ses quatorze enfants, malgré sa tout juste cinquantaine. Elle n’appartenait pas au monde manouche de par ses véritables origines, mais avait adopté ce style de vie suite à la fréquentation du père de certains de ses enfants.
Un authentique manouche qui vivait royalement des allocations familiales consécutives à ses nombreuses concubines. Répudiée rapidement, la Nenette survivait difficilement sur un bout de terrain tout aussi chichement alloué par la mairie. Une horrible bande de terrain étranglée par les deux voies rapides qui traversaient la Loire pour rejoindre St Luce ; autant dire que l’endroit était d’une dangerosité extrême. Les chiens et les poules s’y faisaient écrasés avec une belle régularité, mais les enfants de la Nenette s’y épanouissaient, malgré des allures de chiens errants amaigris par la nervosité imposée de la pollution sonore insensée de l’endroit. De plus l’emplacement était maudit depuis peu. Ludo et Maurice entretenaient de bonnes relations avec la Nenette d’autant qu’ils passaient régulièrement brûler leur cuivre sur la bande de terrain d’en face la patte d’oie. Curieusement, la circulation démentielle en faisait un endroit discret ; un flot de voitures et de camions lancés à pleine vitesse qui formait un écran à toute observation possible de l’endroit. On y accédait que par l’intermédiaire d’un brutal coup de frein suivi d’un coup de volant volontaire à droite ; en cas de maladresse, il ne restait plus qu’à continuer sur des kilomètres pour pouvoir espérer faire demi tour. Cette fin d’après midi, Ludo venait de réussir la manœuvre, venant récupérer le cuivre qu’ils avaient laissé se consumer la veille. Habituellement, une fois le feu allumé, ils traversaient saluer et prendre un café saumâtre chez la Nenette, toujours friande des nouvelles colportées du monde nomade. Or la veille, elle avait offert l’hospitalité du terrain d’en face à une famille de passage. Des gens très pauvres et rustres qui vivaient outre de la mendicité, du rempaillage de chaise du patriarche. Ludo et son compère avaient aidé dans les délicates manœuvres à fin d’installer les vieilles caravanes brinquebalantes sur le bout de terrain étroit et pentu ; se disant que si un peu de cuivre disparaissait à l’occasion. Ma foi, avec ces petits sauvageons en haillons souriants et timides, qui les guettaient avec des rires enfantins. Maurice s’était alors adressé d’un ton grave au patriarche, puis continué dans une longue incantation qu’il ne s’était pas donné la peine de traduire à Ludo.

Mais en cette fin d’après midi du lendemain, les caravanes avaient disparu, alors même qu’une étrange animation régnait de l’autre coté de la route. Tout aussi étrangement, le cuivre était toujours là, mais gisait épars comme si le feu avait été dispersé. Des taches sombres semblables à celles du gazole teintaient le bitume jusqu'à l’herbe du fossé, et l’atmosphère était bizarre. Il se hâtèrent à rassembler le métal noirâtre, puis traversèrent la route. Ils furent vite renseignés.

Quelques heures après l’installation de la petite famille, une des petites, dont Ludo se rappela le visage crasseux et malicieux, avait été littéralement happée par un camion. Personne n’avait réellement vu le drame. Un crissement de frein terrible et ce qu’il restait d’un petit corps broyé, avait suffit à consterner des gens pourtant habitués à une violence de vie permanente. Après la constatation des gendarmes, eux-mêmes tellement choqués, qu’ils semblèrent à ce qu’on raconta, étrangement absents lors des prises de mesure du freinage. L’un d’eux assura la Nenette, d’une voix emplie de superstition, fut même aperçu vomissant longuement à l’abri d’une carcasse de voiture.

Après le drame donc, la famille, ces gens rustres et simples, emplis de superstition, décidèrent sur le mode incantatoire manouche que l’endroit était maudit et nanti de cet instinct de survie qui sauve les esprits simples des complications de l’âme ; ils partirent sans demander quoique ce soit. Ce qui d’après toujours la Nenette avait bien arrangé le maire dépêché sur place ; ces vies-là n’ayant pas le même prix que celles de ses électeurs.


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Une épopée flamboyante qui commence aux portes d'une ville et de son fleuve Nantes, avec ses derniers braconniers de la civelle et la légende de ses marchés forains ....

ET dire que j'allais oublier, il ne sera pas possible de trouver ce flambeau en Fnac, même pas chez ces pauvres libraires trop occupés à survivre eux aussi ......non, seule la direction d'un de ces bouges méprisé par tous, vous sera indiqué en baissant la voix, sous le manteau vous dis-je ....

L'épopée nomade.....de Christian Gouy, un illustre inconnu désirant le rester d'ailleurs ....et bien caché au fond d’un bazar intitulé "polar et thriller tout au fond du couloir chez http://www.thebookedition.com/livr [...] t-156.html mais aussi chez http://editions.la-librairie.org/livre/l-epopee-nomade

Que la nuit vous soit bénéfique .......








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timshelle
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MessageSujet: Re: L'épopée nomade   Mer 24 Juin 2009 - 16:19

ah! voila, j'ai fini par lire sur l'écran malgré tout
et je n'ai qu'un seul regret: c'est de ne pouvoir lire la suite..
c'est le genre de livres que j'aime: ceux où l'on plonge dedans sans vouloir en sortir; les mots m'évoquant des images si précises que je m'y croyais.
novi, vraiment j'apprécie beaucoup le début de cette fresque pittoresque, qui tient presque plus du dessin, du film que de l'écriture.

coccinell timshelle
illustratrice, qui a toujours eu envie d'écrire

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Quand on est Jeune, c'est pour la Vie. (Clémenceau)
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novi



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MessageSujet: Re: L'épopée nomade   Mer 24 Juin 2009 - 16:53

C'est que la suite doit représenter au bas mot près de 252 pages Very Happy

Merci en tout cas pour ces quelques mots bienveillants; le web étant habituellement un univers hostile pour les auteurs marginaux...

Je ne sais si c'est valable pour tous les auteurs, bien qu'il me semble avoir lu cela ci et là, mais pour ma part en effet ! J'écris toujours à partir d'un film, avec des chapitres travelling...me considérant plus comme un conteur d'histoires que comme un littéraire.

C'est donc un trés beau compliment pour moi cheers
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